19/08/2014

Besoin d'argent ? Imprimons-le !

Pendant la crise financière, les banques centrales des États-Unis, Royaume-Uni et le Japon ont créés $ 3,7 milliards pour acheter des actifs et encourager les investisseurs à faire de même. Michael Metcalfe propose une idée choquante: ces mêmes banques centrales pourraient-elles imprimer de l'argent pour s'assurer qu'ils restent sur la bonne voie avec leurs objectifs pour l'aide internationale? Sans risque d'inflation ?

Voir la transcription de la conférence.


0:12 Il y a treize ans, nous nous sommes fixé comme objectif de mettre un terme à la pauvreté. Après quelques réussites, nous avons heurté un gros obstacle. Les conséquences de la crise financière ont commencé à affecter le paiement des aides, qui ont diminué deux années de suite. Je me demande si les leçons qu'on a tirées du sauvetage du système financier peuvent être utilisées pour surmonter cet obstacle, afin d'aider des millions de gens. Pouvons-nous simplement imprimer de l'argent pour cette aide ?

0:57 « Certainement pas. » C'est une réaction fréquente. (Rires) On élude rapidement la question. D'autres invoquent John McEnroe. « Vous ne pouvez pas être sérieux ! »

1:11 Je ne peux pas faire l'accent, mais je suis sérieux, grâce à ces deux enfants, qui, comme vous le verrez, sont vraiment le cœur de ma conférence. À gauche, nous avons Pia. Elle vit en Angleterre. Elle a deux parents aimants, dont un se tient juste ici. Dorothy, à droite, vit au Kenya, dans une zone rurale. Elle est l'une des 13 000 orphelins et enfants vulnérables qui sont aidés par l'organisme que je soutiens. Je fais cela parce que je crois que Dorothy, comme Pia, a droit aux meilleures chances dans la vie que nous pouvons nous permettre de lui donner. Vous êtes d'accord avec moi, j'en suis sûr. L'ONU est d'accord également. Leur but primordial pour l'aide internationale est de se battre pour que tous aient droit à la dignité.

2:20 Mais - et voici l'obstacle - pouvons-nous nous permettre nos aspirations ? L'Histoire nous dit que non. En 1970, les gouvernements se sont fixés à eux-mêmes un objectif : augmenter les versements d'aide internationale pour atteindre 0,7 % de leur PIB. Comme vous pouvez le voir, un grand écart se creuse entre l'aide actuelle et l'objectif. Mais arrivent les Objectifs du Millénaire pour le développement, huit objectifs ambitieux à atteindre pour 2015. Si je vous dis qu'un seul de ces objectifs est d'éradiquer la famine extrême et la pauvreté, cela vous donne une idée de l'ampleur de l'ambition. Il y eut également quelques succès : le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 $ par jour a diminué de moitié. Mais il reste beaucoup de choses à faire en deux ans : Une personne sur huit a encore faim. Si nous prenons cet auditorium, les deux premières rangées n'auraient pas de nourriture du tout. Nous ne pouvons pas nous en contenter. C'est pourquoi l'inquiétude concernant la huitième cible, qui a rapport au financement, dont j'ai dit qu'il était en train de chuter, est si troublante.

3:55 Que peut-on faire ? Eh bien, je travaille dans le domaine des marchés financiers, pas du développement. J'étudie le comportement des investisseurs, comment ils réagissent aux politiques et à l'économie. Ça me donne un point de vue différent sur la question de l'aide. Mais il aura fallu une question innocente de ma fille, qui à l'époque avait quatre ans, pour me faire apprécier cela.

4:25 Pia et moi étions en route vers le café du coin et nous sommes passés devant un homme qui récoltait des dons pour la charité. Je n'avais pas de monnaie à lui donner, et elle était déçue. Arrivée au café, Pia a sorti son cahier de coloriages et a commencé à gribouiller. Au bout d'un moment, je lui ai demandé ce qu'elle était en train de faire, et elle m'a montré un dessin d'un billet de 5 livres pour donner à l'homme dehors. C'est tellement mignon, et plus généreux que son père aurait pu l'être. Mais bien sûr, je lui ai expliqué : « Tu ne peux pas faire ça, ce n'est pas permis. » Ce à quoi je reçus la réponse typique d'un enfant de 4 ans : « Pourquoi pas ? » Je suis excité, parce que je crois que cette fois je peux répondre. Je me suis donc lancé dans une explication de comment un apport illimité d'argent réclamant un nombre limité de biens fait s'envoler les prix.

5:30 Quelque chose de cet échange est resté dans ma tête, pas à cause de l'expression de soulagement sur le visage de Pia lorsque j'eus enfin fini, mais parce que ça se rattachait au caractère sacré de la masse monétaire, une sainteté mise à l'épreuve et remise en question par la réaction des banques centrales vis-à-vis de la crise financière. Afin de rassurer les investisseurs, ces banques ont commencé à acheter du capital pour essayer de les encourager à faire de même. Ils ont financé ces achats avec de l'argent qu'elles avaient créé elles-mêmes. L'argent n'était pas physiquement imprimé : c'est en quelque sorte mis sous clé dans le système bancaire d'aujourd'hui, mais la somme créée était sans précédent. Ensemble, les banques centrales des États-Unis, de l'Angleterre et du Japon ont augmenté leur réserve de 3,7 milliards de milliards de dollars. C'est trois fois, en fait plus que trois fois, la réserve physique totale de billets en circulation. Trois fois !

6:55 Avant la crise, cela aurait été impensable, mais ça a été accepté remarquablement rapidement. Le prix de l'or, un actif pensé pour être protégé de l'inflation, a quand même fait un bond, mais les investisseurs ont acheté d'autres actifs qui offraient peu de protection contre l'inflation. Ils ont acheté des valeurs à revenu fixe, des bons. Ils ont aussi acheté des capitaux propres. Malgré les rumeurs alarmistes, les véritables actions des investisseurs ont montré une approbation et une confiance rapides.

7:41 Cette confiance était basée sur deux piliers. Le premier était qu'après des années de contrôle de l'inflation, on faisait confiance aux banques centrales pour mettre l'impression de nouveaux billets de côté si l'inflation devenait une menace. Le second était que l'inflation n'est jamais devenue une menace. Comme vous pouvez le voir, aux USA, l'inflation, pendant la majeure partie de cette période, est restée en dessous de la moyenne. C'était pareil ailleurs.

8:19 Alors comment tout cela est relié à l'aide humanitaire ? Eh bien, c'est là que Dorothy et l'œuvre de bienfaisance Mango Tree, qui la soutient, entrent en scène. J'étais à l'une de leurs collectes de fonds, plus tôt cette année, et j'envisageais de leur donner un don ponctuel lorsque je me suis souvenu que ma firme offrait d'égaler les contributions charitables faites par leurs employés. Alors, je me suis dit : au lieu d'être seulement capable d'aider Dorothy et quatre de ses compagnons de classe à fréquenter l'école secondaire pour quelques années, j'étais en mesure de doubler ma contribution. Génial.

9:03 À la suite de cette conversation avec ma fille, et voyant l'absence d'inflation face à l'impression d'argent, sachant que les paiements d'aide internationale s'effondraient juste au mauvais moment, je me suis demandé : pourrions-nous doubler les dons mais juste à une plus grande échelle ? Appelons ce plan « l'impression de l'aide ». Voici comment cela pourrait marcher. À condition qu'il y ait peu de risques d'inflation à agir de la sorte, les banques centrales seraient mandatées pour doubler les paiements d'aide internationale du gouvernement jusqu'à une certaine limite. Les gouvernements essaient d'amener l'aide à 0,7 % depuis des années, donc mettons la limite à la moitié de ce chiffre, 0,35 % de leurs revenus. Cela marcherait ainsi : si dans une année donnée le gouvernement donne 0,2 % de ses revenus en aide internationale, la banque centrale l'égale simplement avec 0,2 % de plus. Jusqu'ici tout va bien.

10:18 À quel point est-ce risqué ? Eh bien, ça implique la création d'argent pour acheter des biens, pas des actifs. Ça sonne déjà plus inflationniste, n'est-ce pas ? Mais il y a deux facteurs atténuants importants : le premier est que, par définition, cet argent imprimé serait dépensé à l'étranger. On ne voit donc pas comment cela mènerait à l'inflation dans le pays qui imprime les billets, à moins que cela ne mène à une dépréciation de la devise de ce pays. C'est improbable à cause de la seconde raison : la masse de l'argent qui serait imprimé selon ce plan. Prenons un exemple où l'aide imprimée serait en place aux États-Unis, en Angleterre et au Japon. Afin d'égaler l'aide versée par ces gouvernements pendant les quatre dernières années, l'aide imprimée aurait généré 200 milliards de dollars d'aide supplémentaire. À quoi ça ressemblerait dans le contexte d'une augmentation des réserves d'argent qui s'est déjà produite dans ces pays pour sauver le système financier ? Êtes-vous prêts pour ça ? Vous aurez peut-être du mal à voir, au fond, parce que l'écart est très petit. Ce que nous sommes en train de dire c'est que nous avons pris un risque de 3,7 milliards de milliards pour sauver notre système financier et vous savez quoi, ça a payé. Il n'y a pas eu d'inflation. Sommes-nous en train de dire que le jeu n'en vaut pas la chandelle, quand il s'agit d'imprimer 200 milliards de plus pour l'aide internationale ? Le risque serait-il si différent ? Pour moi, ce n'est pas si clair. Ce qui est clair, c'est l'effet sur l'aide internationale. Même si ce sont seulement trois banques qui impriment, la totalité de l'aide offerte durant cette période augmente de près de 40 %. La proportion d'aide du revenu national atteint soudainement un pic jamais atteint en 40 ans. Cela ne nous fait pas obtenir les 0,7 %. Les gouvernements sont toujours incités à donner. Mais vous savez quoi, c'est le but d'un plan commun.

12:45 Je crois que ce que nous avons appris, c'est que les risques provenant de ce plan de création monétaire sont modestes, mais les bénéfices sont potentiellement immenses. Imaginez ce que nous pourrions faire avec les 40 % supplémentaires. Nous pourrions à être capables de nourrir la première rangée.

13:10 Ce que je redoute, la seule chose que je redoute, mis à part le fait qu'il ne me reste plus de temps, c'est que la fenêtre d'opportunité pour cette idée est restreinte. Aujourd'hui, l'impression des billets par les banques centrales est une politique acceptée. Ce ne sera peut-être pas toujours le cas. Il y a aujourd'hui des objectifs reconnus par tous en ce qui concerne l'aide internationale. Ce ne sera peut-être pas toujours le cas. C'est peut-être le seul moment où ces deux éléments coïncident, de telle sorte que nous pouvons nous permettre l'aide que nous avons toujours voulu donner.

13:54 Donc, pourrait-on imprimer de l'argent pour l'aide internationale ? Je pense sérieusement que cette question devrait être : « Pourquoi pas ? »

14:08 Merci beaucoup.

14:11 (Applaudissements)

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